Entre octobre et décembre 2025, la Communauté francophone accueillante (CFA) de Hamilton a mené un sondage auprès des personnes immigrantes francophones de la région. Coordonné par le Réseau en immigration francophone Centre-Sud-Ouest de l’Ontario et financé par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, ce sondage visait à mieux comprendre les besoins, les défis et les aspirations de celles et ceux qui choisissent de s’installer à Hamilton en français.
Avec 161 répondant·e·s, l’analyse — menée par Nabila Sissaoui, coordonnatrice des CFA de Hamilton et London, et publiée en février 2026 — brosse un portrait riche, nuancé et profondément humain de notre communauté.
Une communauté accueillante, une intégration encore fragile
Le premier constat est clair et encourageant : 92 % des répondant·e·s perçoivent Hamilton comme une communauté inclusive. Trois personnes sur quatre se sentent pleinement accueillies. La satisfaction globale envers les services en français atteint 3,9 sur 5, et les services d’accueil, d’information et d’orientation sont parmi les mieux perçus.
Mais derrière cet accueil chaleureux se cachent des vulnérabilités structurelles que le sondage documente pour la première fois avec autant de précision.
Les chiffres qui alertent
Le logement est le défi numéro un. Pour 63 % des répondant·e·s, le coût du loyer dépasse 30 % de leur revenu familial — le seuil reconnu comme critique pour la stabilité financière d’un ménage. Ce n’est pas un confort qui manque : 65 % jugent leur logement adéquat en termes de taille et de qualité. C’est l’abordabilité qui fait défaut, et elle fragilise tout le reste.
L’emploi est la préoccupation dominante. 46,5 % des répondant·e·s sont en recherche active d’emploi. Parmi celles et ceux qui travaillent, près du tiers estiment occuper un poste en dessous de leurs qualifications. Et 64 % jugent leur revenu insuffisant pour couvrir leurs besoins. Ces trois réalités — chômage, sous-emploi et précarité financière — se renforcent mutuellement et forment ce que le rapport appelle un « cercle vicieux » particulièrement difficile à briser durant les premières années.
L’accès à l’information reste trop informel. Seulement 43 % des répondant·e·s ont trouvé l’information nécessaire à leur installation sans difficulté. Le bouche-à-oreille est encore le principal vecteur d’information (57,7 %), et le site Destination Hamilton — pourtant conçu pour orienter les nouveaux arrivants — est inconnu de 70 % de la communauté sondée.

Le paradoxe de l’intégration
Le rapport introduit un concept parlant : le paradoxe de l’intégration. D’un côté, l’indice d’intégration sociale (IIS) est remarquablement élevé à 0,87 — signe que la communauté francophone de Hamilton accueille bien, crée du lien, et favorise le sentiment d’appartenance. De l’autre, l’indice de fragilité économique (IFE) est préoccupant à 0,64, et l’accès structuré à l’information n’atteint que 0,38.
En clair : on se sent chez soi à Hamilton, mais on peine à s’y stabiliser économiquement.
Qui sont les répondant·e·s ?
La population sondée est majoritairement féminine (70 %), jeune (âge moyen de 37 ans) et récemment installée : 65 % habitent Hamilton depuis 3 ans ou moins. Elle est issue principalement de l’Afrique francophone subsaharienne — le Cameroun (26,7 %), Haïti (18 %), l’Algérie (11,2 %) et la République démocratique du Congo (9,9 %) sont les pays d’origine les plus représentés. 87 % parlent français à la maison.
80 % ont un statut stable (résident·e permanent·e ou citoyen·ne canadien·ne), mais les demandeurs et demandeuses d’asile — qui représentent 10 % de l’échantillon — expriment des besoins nettement plus critiques et multiples.
Ce que la communauté demande
Les réponses ouvertes du sondage convergent autour de quelques priorités claires :
- Plus d’activités communautaires pour tisser des liens et pratiquer la langue (40 mentions spontanées)
- Un accompagnement renforcé vers l’emploi : reconnaissance des diplômes étrangers, mentorat professionnel, formations linguistiques orientées marché du travail
- Un accès facilité au logement abordable : aide à la recherche, base de données de propriétaires accueillants
- Des services de santé en français : accès à un médecin de famille, santé mentale culturellement adaptée
- Un guichet unique d’information pour éviter la dispersion et la dépendance au bouche-à-oreille
Des forces réelles à mobiliser
Le rapport ne se limite pas aux défis. Il souligne aussi la force remarquable du capital social de cette communauté : 56 % contribuent à des associations culturelles ou religieuses, 52 % font du bénévolat ou apportent de l’aide informelle à leurs voisin·e·s et à leur famille. Les événements phares — la FrancoFest (59 %), la Journée d’accueil des nouveaux arrivant·e·s (50 %) — réunissent une part significative de la communauté.
Et malgré les difficultés économiques, la volonté d’engagement est intacte. Une large majorité des répondant·e·s a exprimé le souhait d’être contactée pour participer à des groupes de discussion sur les services.
Et maintenant ?
Ce sondage n’est pas une fin en soi. Il est le point de départ d’une démarche collective. Les résultats seront partagés avec nos partenaires afin de traduire ces constats en actions concrètes.
Comme le rappelle la conclusion du rapport :
« Au sein de la communauté francophone de Hamilton, il est temps de passer d’une logique d’attente et de réaction à une démarche proactive et unie, où la personne qui arrive est véritablement au centre de nos attentions collectives. »
📄 Pour obtenir le rapport complet, cliquez ici : Rapport complet
📊 Téléchargez le résumé visuel : Infographie Sondage des personnes immigrantes francophones de Hamilton 2025-2026
Rapport préparé par Nabila Sissaoui — Février 2026. Coordonné par le Réseau en immigration francophone Centre-Sud-Ouest de l’Ontario. Financé par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.


